LE SUJET DE LA PAROLE AU TRAVAIL

De tout temps, travail et parole ont eu partie liée. Il y a entre-tissage du travail et de la parole : pas de travail sans parole, pas de parole sans travail, parole et travail s’enchevêtrant.

Or le discours actuel du travail tend à désarticuler travail et parole avec d’un côté un travail espéré sans parole, prétendu sans parole – il n’y aurait pas besoin de parler puisque ça fonctionne ; il faut avant tout que ça fonctionne et parler est souvent une perte de temps – et de l’autre côté une parole sans travail, une parole objectivée, une parole réduite à de l’information.

Travail et parole ont partie liée depuis le commencement des temps et voilà qu’il s’agirait d’en finir ?

La désarticulation entre travail et parole abstractise la parole et déshumanise le travail, en expulsant le politique et le psychique hors du champ social, hors de l’existence humaine.

Peut-être que réarticuler travail et parole du côté du travail ouvre à du politique dans le travail ; peut-être que réarticuler travail et parole dans la parole ouvre la parole au psychique.

Or entre le psychique et le politique, la scène du travail est occupée, envahie, encombrée : il y a le comportement et il y a l’organisation. Le comportement et l’organisation font bouchon entre ces deux plans, et pourtant les relient.

Ce qui est alors en question, c’est la possibilité de désencombrer cet espace, de l’ouvrir de part en part, pour permettre à la scène du travail de jouer son rôle de mise en relation du psychique et du politique, une mise en relation qui repose sur la place faite à une parole ouverte.