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Soin et soignance

Tout à coup, au moment même où tout s’arrêtait, alors que fermaient les écoles, les universités, les bars, les restaurants, les théâtres, alors que les rues, les gares, les aéroports se vidaient de leur agitation ordinaire, un terme a fait une apparition fulgurante et a commencé à tourner en boucle comme un mantra dans les discours politiques et les médias : les soignants.

Non pas médecins, infirmier·e·s, personnels hospitaliers, mais soignants.

Lorsqu’il est question des milliers de personnes qui œuvrent aujourd’hui sans relâche à sauver des vies, c’est partout sous ce seul et même nom de soignants.

Serions-nous ainsi en train de leur demander d’être, pour nous tous, les soignants de ce dont nous n’avons pas su prendre soin ?

Avant de signifier traitement qu’on fait à un malade, ou remède qu’on lui prescrit, le premier sens de soin est l’application d’esprit à faire quelque chose, l’attention à veiller au bon état de quelque chose, au bien-être de quelqu’un.

L’application d’esprit, l’attention à veiller, voilà des attitudes qui s’inscrivent dans le temps et non pas dans l’immédiateté.

Voilà des façons d’être qui mobilisent la sensibilité et la patience, qualités que précisément contrarie l’injonction à la vitesse et à la réactivité.

Une fois sortis de l’arrêt obligé et du confinement, saurons-nous prendre soin, avant que ne devienne à nouveau inéluctable d’en appeler à l’aide des soignants ?

Sans doute pourrions-nous pour cela différencier le soin comme attention du soin comme traitement.

En tant que traitement pour soulager, rassurer, guérir, le soin est de la responsabilité des professionnels de santé et des métiers d’aide.

Le soin comme attention, lui, est l’affaire de tous et de chacun, des personnes mais aussi des collectivités, des entreprises, des institutions.

Le soin comme attention était nommé au XVIe siècle par un mot qui a depuis lors été délaissé : la soignance.

Soignance signifiait souci, cette forme de préoccupation inquiète, cette marque de reconnaissance de la fragilité de la vie, qui est aux antipodes de l’attitude affirmative et volontariste promue par le discours de la performance.

La soignance en tant qu’attention à veiller au bon état des personnes et des choses, au bon état des environnements et des relations, implique un tout autre rapport au temps, aux espaces, aux modes d’organisation, et conduit à valoriser l’écoute et la disponibilité.

Une façon d’être à laquelle nous invitaient déjà les stoïciens, en tant que présence à la fois à soi-même et aux autres.

Daniel Migairou, avril 2020